Il y a des journées de chasse que l’on oublie parfois rapidement, d’autres dont on conserve quelques souvenirs, et puis il y a celles qui restent gravées dans notre mémoire pour toujours.
Ce samedi 10 octobre 2026 fait incontestablement partie de cette dernière catégorie.
Depuis que j’ai découvert la chasse à l’arc, en mars 2025, j’ai toujours nourri un rêve, un objectif qui me tenait particulièrement à cœur : prélever un brocard à l’arc. Plus que tout autre gibier, c’est cet animal qui me fascinait et qui représentait, à mes yeux, l’un des plus beaux défis que je pouvais me lancer dans cette nouvelle aventure.
Au fil des mois, j’ai eu la chance de vivre de magnifiques expériences, de prélever mes premiers sangliers, mais également de connaître des échecs, des doutes et des moments difficiles. Je pense notamment à cet épisode de juillet dernier, avec ce brocard que j’ai depuis baptisé « Flèche », qui m’avait profondément marqué.
Et ce samedi, alors que je participais à une journée de battue mixte sur un territoire qui occupe une place toute particulière dans mon cœur, ce rêve est enfin devenu réalité : mon premier brocard à l’arc.
Une réussite qui dépasse largement le simple prélèvement d’un animal, tant cette journée fut riche en émotions, en amitié et en moments inoubliables.
Voici le récit d’une journée que je ne suis pas près d’oublier.
Blaregnies, bien plus qu’un territoire de chasse
Blaregnies est un territoire que je fréquente depuis plusieurs années, grâce à l’invitation de Charles, qui y organise, depuis des années, des journées de chasse sur le territoire familial.
C’est un endroit magnifique, caractérisé par une belle densité de chevreuils, une présence importante de sangliers et des paysages particulièrement agréables à parcourir. Mais pour moi, Blaregnies est bien davantage qu’un territoire giboyeux.
Au fil des années, j’y ai vécu de nombreuses journées de chasse à la carabine, avec beaucoup de réussite. Je crois d’ailleurs pouvoir dire que rares sont les fois où je n’y ai pas eu l’occasion de tirer ou de prélever un animal.
Et surtout, ces années m’ont permis de nouer de véritables amitiés…
Les visages autrefois simplement familiers sont devenus ceux de copains, parfois même d’amis proches. C’est notamment le cas de Stéphane, le garde du territoire, avec qui une véritable complicité s’est développée au fil du temps. Sans oublier Charles bien évidemment, avec qui j’entretiens également des relations professionnelles et qui m’a toujours accueilli avec énormément de gentillesse et sympathie.
Cette année, Charles m’avait réservé une surprise particulièrement touchante : pour la première fois dans l’histoire de son territoire, il autorisait un archer à participer à une journée de battue. Et cet archer, c’était moi.
Une marque de confiance qui m’a profondément touché, d’autant que Stéphane espérait depuis longtemps me voir prélever un animal à l’arc sur ce territoire.
Une matinée qui commence dans la convivialité
Le rendez-vous était fixé à 8 heures avec Stéphane et l’équipe de traqueurs. Comme le veut notre petite tradition, nous avons commencé la journée autour d’une bonne omelette, dans une ambiance chaleureuse et détendue.
Ces moments font partie de ce que j’apprécie le plus dans la chasse. Avant même de rejoindre les postes, on retrouve les copains, on échange quelques plaisanteries et on profite simplement du plaisir d’être ensemble.
Vers 8 h 45, l’ensemble des participants s’est retrouvé pour le rassemblement. À 9 heures, le rond était formé et les consignes de sécurité et de tir étaient données.
Au programme : chevrettes, chevrillards, brocards, sangliers et renards. La journée pouvait commencer.
Deux premières battues et un poste stratégique
La battue par laquelle Charles avait décidé d’attaquer la journée était la battue du grand vivier.
Pour ma part, j’avais été placé avec David, un chasseur à la carabine, sur un poste situé en retour de la deuxième battue, à proximité d’une zone susceptible d’être empruntée par des animaux cherchant à quitter la traque. Nous étions donc déjà positionnés en prévision de cette deuxième traque, ce qui nous permettait de rester au même endroit.

Durant cette première traque, plusieurs coups de carabine ont retenti au loin, sur des sangliers et des chevreuils. Difficile cependant de savoir précisément ce qui se passait, compte tenu de notre éloignement. La deuxième battue allait se dérouler sur une partie du territoire récemment reprise par Charles, dans un secteur appelé le court tournant.

Comme à mon habitude, avant même mon installation sur le petit mirador de battue, j’avais pris le temps d’observer attentivement mon environnement, d’identifier les coulées fréquentées, repérer les zones de tir et télémétrer celles-ci afin de me faire une cartographie efficace de la zone pour laisser le moins de place possible au hasard dans le cas d’une rencontre.
À ce moment-là, j’étais évidemment loin d’imaginer ce qui allait se produire.
« Attention, brocard vers toi ! »
La deuxième battue avait commencé depuis quelque temps lorsque les premiers animaux ont été levés. Des chevreuils, des sangliers… Les coups de feu résonnaient dans les bois.
Puis, soudainement, j’entends David tirer une balle. Quelques instants plus tard, il me prévient : « Attention, brocard vers toi ! »
Immédiatement, tous mes sens sont aux aguets. Puis, quelques minutes plus tard, je l’aperçois.
Un brocard arrive en diagonale, sur ma gauche, à une quarantaine de mètres. Je comprends rapidement qu’il pourrait emprunter une coulée que j’avais identifiée en arrivant au poste.
Je décide donc d’armer mon Bowtech Ascend dès cet instant, afin de limiter les mouvements lorsque l’animal sera plus proche. Mon mirador étant relativement bas, le risque d’être repéré n’est pas négligeable.
Le brocard poursuit sa progression. Trente mètres… Vingt mètres… Il se rapproche encore.
À environ douze mètres, il marque un arrêt. Malheureusement, un arbre se trouve exactement entre lui et moi. Impossible de décocher.
Je reste donc à pleine allonge, immobile, en attendant une éventuelle opportunité. Quelques secondes passent, puis le brocard redémarre et avance d’un mètre. La fenêtre de tir se dégage, je lance alors un bref appel pour provoquer son arrêt.
Il s’immobilise et est de 3/4 avant. Je place mon pin sur la zone vitale, à hauteur de l’épaule. J’augmente la pression sur le décocheur. La flèche part…
Quelques secondes qui resteront gravées à jamais
Tout se passe extrêmement vite. Je vois ma flèche atteindre le brocard et ressortir de l’autre côté avec le floc caractéristique. La réaction est immédiate : l’animal s’effondre sur place, effectue quelques mouvements et reste au sol, à l’endroit même où il a été touché.
Mais malgré l’immense joie qui commence à monter, je reste totalement concentré. Le brocard est encore vivant et ma priorité absolue est d’abréger ses souffrances. Je saisis immédiatement une seconde flèche et décoche un tir d’achèvement. Quelques secondes plus tard, tout est terminé.

Le brocard n’a pas parcouru un seul mètre après l’impact initial. Je n’en crois pas mes yeux : mon premier brocard à l’arc.
Cette fois, je peux enfin relâcher la pression et l’émotion m’envahit. Une joie immense, presque irréelle. Je regarde l’animal, puis mon arc, et je réalise progressivement ce qui vient de se passer.
Après tous ces mois de chasse, d’entraînement, de réglages, de réussites mais aussi de déceptions, je viens de franchir une nouvelle étape. Et à Blaregnies, en plus !
Je prends immédiatement ma radio pour annoncer la nouvelle : « Brocard fléché, mort ! Brocard fléché, mort ! »
Les félicitations ne tardent pas à arriver. Je tremble comme une feuille, l’adrénaline est à son maximum et je n’arrive tout simplement pas à contenir mon bonheur.
Un moment d’émotion et de respect
Après avoir annoncé mon prélèvement, je prends quelques instants pour prévenir mes amis proches. Logan d’abord, puis Julien, Stefano, Kevin, Seb, Adelin, Jean et les autres. Les messages de félicitations arrivent rapidement et chacun partage ma joie.
Charles m’appelle également, il est particulièrement heureux et me félicite chaleureusement.
De son côté, Stéphane est toujours dans les ronciers, occupé à diriger son équipe de traqueurs. Il ne peut donc pas m’appeler, mais il a entendu la nouvelle.
Je décide alors de descendre de mon mirador pour rejoindre le brocard. C’est un moment particulier. L’animal est là, exactement à l’endroit où il s’est effondré. Je récupère mes flèches, puis prends le temps de le disposer respectueusement. Je lui rends les honneurs, avec cette dernière brisée qui symbolise le respect dû au gibier prélevé. Un geste simple, mais auquel j’accorde énormément d’importance.

Je reste quelques instants à ses côtés, savourant ce moment et en mesurant la chance que j’ai eue.
Je profite ensuite de l’attente pour réaliser quelques premières photographies. David, que j’ai également prévenu par WhatsApp, vient me rejoindre peu avant la fin de la battue et m’aide à immortaliser cette réussite avec quelques clichés souvenirs.
Des images qui, je le sais déjà, auront une valeur toute particulière à mes yeux.
Le bonheur partagé avec les amis
Après cette deuxième battue, nous rejoignons le chalet pour un apéritif bien mérité, suivi d’un excellent repas organisé, comme toujours, de main de maître par Charles et sa famille.
C’est aussi l’occasion de retrouver Stéphane. Et là, inutile de vous dire que les retrouvailles ont été particulièrement chaleureuses !
Une immense accolade, beaucoup de sourires et une joie sincère. Stéphane me confie alors une phrase qui m’a profondément touché : « À partir du moment où j’ai entendu que tu avais fléché, la journée était déjà plus que réussie. »
Au-delà du prélèvement, il y a l’amitié, le plaisir de partager les réussites des autres et ces liens qui se construisent au fil des années. Savoir que Stéphane était aussi heureux que moi de cette réussite lui donne encore davantage de valeur.
Et je ne remercierai jamais assez Charles pour la confiance qu’il m’a accordée en ouvrant, pour la première fois, sa chasse à un archer.
Une dernière battue particulièrement animée
Après le repas, nous reprenons la direction des bois pour la dernière battue de la journée, au menu : la battue de la Grande Croix.
Cette fois, je suis installé sur une coulée particulièrement adaptée à la chasse à l’arc, dans un secteur où il serait difficile, voire impossible, de positionner un chasseur à la carabine en toute sécurité et où les chevreuils ont pour habitude de se dérober hors de portée des carabines.
La battue démarre et, rapidement, les animaux se mettent en mouvement. J’aurai la chance d’observer trois chevrettes et un chevrillard.
Ayant déjà prélevé un animal, le tir des chevrettes n’était plus autorisé. Quant au chevrillard, il arrive à une vitesse impressionnante ! J’ai le temps d’armer, mais impossible de décocher dans des conditions satisfaisantes. Il passe donc son chemin. Aucun regret. À l’arc, savoir renoncer à un tir fait pleinement partie de la discipline.
Pendant ce temps, la traque est particulièrement mouvementée. Une population impressionnante de sangliers se trouve dans l’enceinte. Les compagnies se dispersent, les coups de feu se succèdent et l’activité est intense jusqu’aux dernières minutes.
Une dernière battue spectaculaire qui vient clôturer une journée déjà exceptionnelle.
Les honneurs
Après la récupération du gibier, tout le monde se retrouve pour le tableau de chasse et les honneurs.

Le bilan de cette journée est plus que satisfaisant. Charles prend alors la parole pour remercier les chasseurs, les traqueurs et toutes les personnes ayant contribué à l’organisation de cette journée. Les honneurs sont rendus au gibier prélevé, dans le respect des traditions.
Un moment de rassemblement et de reconnaissance que j’apprécie particulièrement. Mais pour moi, les surprises ne sont pas encore terminées…
Un baptême dont je me souviendrai longtemps !
Visiblement, Charles, Stéphane, Antoine et Ludo avaient décidé que ce premier brocard à l’arc méritait un baptême digne de ce nom. Et croyez-moi, ils n’ont pas fait les choses à moitié !
La cérémonie commence traditionnellement, à genoux derrière le gibier. Les honneurs sont rendus à l’animal et la croix de Saint-Hubert est réalisée.
Jusque-là, tout va bien. Mais mes camarades avaient manifestement prévu une petite surprise supplémentaire…. Un mélange particulièrement odorant avait été soigneusement préparé à mon intention. Et autant vous dire que je n’ai pas été épargné !
Une belle victoire pour la chasse à l’arc
Avec un peu de recul, je réalise que cette journée représente également quelque chose de plus large que mon seul prélèvement.
Pour la première fois, un archer était invité à participer à une battue sur le territoire de Blaregnies. Une première rendue possible grâce à l’ouverture d’esprit et à la confiance de Charles. Et cette expérience a permis de montrer, une fois encore, que la chasse à l’arc peut parfaitement trouver sa place au sein d’une organisation traditionnelle, à condition de respecter les particularités de cette discipline : un poste adapté, une distance de tir raisonnable, une bonne connaissance de son matériel et, surtout, la capacité de renoncer lorsque les conditions ne sont pas réunies.
Ce sont là des éléments essentiels.
Je suis également convaincu que ce type d’expérience contribue à faire découvrir notre mode de chasse à des personnes qui n’ont pas nécessairement l’habitude de côtoyer des archers. Ce samedi, j’étais simplement un chasseur parmi les autres, avec un matériel différent et des contraintes particulières.
Et c’est exactement comme cela que j’aime vivre ma passion.
Un souvenir gravé pour toujours
Depuis mes débuts à l’arc, en mars 2025, j’ai eu la chance de vivre des expériences extraordinaires. J’ai connu mes premières réussites, mais aussi des moments de doute, des occasions manquées et des situations qui m’ont poussé à me remettre en question. Chaque sortie m’a appris quelque chose… Chaque rencontre m’a fait progresser…
Et ce samedi 10 octobre 2026 restera une date gravée dans ma mémoire en ayant réussi à atteindre un de mes rêves.
Je tiens à remercier chaleureusement Charles et toute sa famille pour leur accueil toujours exceptionnel, Stéphane pour son amitié et son enthousiasme, David pour son aide et ses photographies, ainsi que l’ensemble des chasseurs et des traqueurs pour cette magnifique journée. Une pensée également pour tous mes amis chasseurs traditionnels ou archers qui ont partagé mon bonheur, même à distance.

Il y a des prélèvements qui marquent une saison. Et puis il y a ceux qui marquent une vie de chasseur… Ce premier brocard à l’arc fait incontestablement partie de la seconde catégorie.