Jean Galoppin – Une vie dédiée à la chasse à l’arc

À l’origine, je n’avais pas pris rendez-vous avec Jean Galoppin pour réaliser une interview. Depuis quelque temps, je galérais à régler correctement mon arc traditionnel. Jean m’avait alors tout simplement proposé de passer chez lui pour m’aider à y voir plus clair.

Avec près de quarante années de pratique derrière lui, une expérience considérable du tir et de la chasse à l’arc, il m’était difficile de refuser une telle proposition.

C’est donc le mercredi 26 août que je me suis rendu chez lui avec mon Buck Trail Bowmen, mes flèches, des fûts nus et l’idée de profiter de son regard pour enfin valider mon ensemble.

Mais je savais aussi que passer quelques heures avec Jean représentait une belle occasion de découvrir davantage l’homme et son parcours. J’avais donc préparé quelques questions, avec l’idée d’en profiter pour discuter de ses débuts, de son expérience et de toutes ces années passées à chasser à l’arc. Finalement, les questions sont restées presque entièrement de côté…

L’arc est sorti de sa housse. Nous avons tiré quelques flèches. Jean a observé, corrigé deux ou trois choses, puis la conversation s’est installée. Une remarque sur mon arc en amenait une autre sur ceux qu’il utilisait autrefois. Un réglage faisait ressurgir un souvenir. Puis quelques anciennes photos sont apparues : un brocard, un sanglier, un voyage en Afrique, un visage connu ou encore une anecdote vieille de vingt ou trente ans.

Et les heures ont commencé à défiler…

Nous avons parlé de ses débuts, des hommes qui ont marqué son parcours, d’une époque où la chasse à l’arc était encore confidentielle en Belgique, de matériel, de lapins pour lesquels il était prêt à parcourir des centaines de kilomètres, de l’Afrique, de ses brocards, de la FWCA, mais aussi de l’évolution de sa manière de chasser et de voir les choses avec les années.

Ce qui devait être au départ une séance de réglage de mon arc, s’est finalement transformée en une longue conversation autour d’une passion commune.

Et peut-être était-ce finalement la meilleure manière de dresser le portrait de Jean Galoppin.

Tout commence par quelques pages dans un magazine

L’histoire de Jean avec la chasse à l’arc commence très tôt.

Il a une douzaine d’années et est alors interne à Saint-Berthuin, à Malonne. Au cours d’une escapade à Namur, il tombe sur un magazine dans lequel quelques pages sont consacrées à une pratique qu’il connaît encore à peine : la chasse à l’arc.

On y parle notamment de quelques-uns des précurseurs français de cette pratique. Cinq pages… Il n’en faudra pas beaucoup plus. Jean venait de découvrir une passion qui ne le quittera plus.

Jean Galoppin jeune avec un arc

Pourtant, rien ne destinait Jean à pratiquer la chasse. Son père n’était pas chasseur et n’y était d’ailleurs pas favorable. Jean ne reçoit donc pas cette passion en héritage. Il va la construire lui-même au fil des années.

C’est pourtant bel et bien son père qui, pour ses douze ans, lui offrira son premier arc : un recurve démontable en composite. Un arc que Jean possède d’ailleurs toujours aujourd’hui et pour lequel il a fabriqué de ses propres mains une boîte afin de le conserver.

C’est avec cet arc qu’il flèche son premier animal à 12 ans : un canard. Vingt minutes plus tard, le jeune archer est rattrapé par les Eaux et Forêts… Les débuts de Jean dans la chasse à l’arc n’étaient évidemment pas encore tout à fait officiels.

Il faudra attendre ses 18 ans et l’obtention de son permis de chasse pour qu’ils le deviennent. Jean compte donc aujourd’hui 34 années de pratique officielle de la chasse, mais 40 années se sont écoulées depuis ses premières flèches de chasse.

Entre-temps, il aura déjà fléché son premier brocard et acheté avec ses économies son premier compound : un Barnett Safari, payé à l’époque 8 000 francs belges.

Des rencontres qui changent une vie

À dix-huit ans, Jean retrouve par hasard un ami d’enfance perdu de vue quelques années auparavant : Olivier Bremer. Lui aussi est passionné par l’arc, mais moins par la chasse. Tous deux arpentent néanmoins les bois et pratiquent assidûment.

C’est avec son Barnett Safari que Jean évoluera jusqu’à ses retrouvailles avec Olivier. Par son intermédiaire, il se rend pour la première fois à la Maison du Chasseur, chez Mahillon à Bruxelles. Jean y découvre des marques et des arcs qui le faisaient rêver. Il passera alors au Martin Archery Lynx, puis au Jaguar.

Jean Galoppin et Olivier Bremer lors de leurs jeunes années de chasse à l’arc

Olivier Bremer poursuivra parallèlement une brillante carrière dans le tir aux clays, jusqu’à intégrer l’équipe nationale et devenir champion de Belgique de Compak Sporting. Et lorsque Jean me raconte cette partie de son histoire, le monde devient soudain très petit. Olivier m’a coaché pendant plusieurs années au stand de Névremont alors que je n’étais encore qu’adolescent.

Nous ne le savions pas avant cette conversation, des décennies plus tard, nos histoires venaient de se croiser par une personne que nous avions connue tous les deux, à des périodes complètement différentes de nos vies.

Olivier ne sera évidemment pas la seule rencontre à marquer durablement le parcours de Jean. En 1998, au sein du petit groupe de chasseurs à l’arc de l’époque, il fait notamment la connaissance de Claude Decleyre. Une passion commune qui donnera naissance à une profonde amitié, toujours intacte près de trente ans plus tard.

Jean Galoppin avec Claude, Richard et Bruno lors d’un voyage en Afrique

Ensemble, ils partageront de nombreuses aventures et plusieurs voyages de chasse, en France, en Afrique et ailleurs. Ils gèrent également aujourd’hui ensemble la chasse de Marcinelle.

Au fil de notre conversation, je comprendrai d’ailleurs que derrière beaucoup des souvenirs que Jean me raconte se cachent surtout des amitiés construites autour de la chasse à l’arc.

Une époque où la chasse à l’arc était encore confidentielle

Pour comprendre le parcours de Jean, il faut aussi se replacer dans le contexte de l’époque.

La chasse à l’arc en Belgique n’a alors rien de la pratique structurée que nous connaissons aujourd’hui. Les chasseurs à l’arc sont peu nombreux, le matériel spécialisé est difficile à trouver et les connaissances circulent essentiellement entre passionnés.

En France aussi, le mouvement est encore en construction. Au début des années 90, Jean rencontre Xavier Péchenart, premier président de la Fédération Française des Chasseurs à l’Arc.

Cette rencontre comptera beaucoup pour Jean. En effet, Xavier Péchenart l’encourage à essayer, lui aussi, de faire évoluer les choses dans son pays.

Jean décide alors de s’investir dans la représentation et la reconnaissance de la chasse à l’arc en Belgique. Il participera à la création de la première Fédération Belge des Chasseurs à l’Arc, la FBCA, avant que les structures wallonne et flamande n’évoluent séparément.

ean Galoppin sur un stand de la Fédération Belge des Chasseurs à l’Arc

Il rencontrera des responsables politiques, participera à des salons et à de nombreuses initiatives destinées à faire connaître la pratique. Il est toujours président de la Fédération Wallonne des Chasseurs à l’Arc.

Mais lorsqu’on l’écoute raconter cette période, Jean ne cherche pas à s’attribuer à lui seul les avancées obtenues. Il parle d’une époque, d’un groupe de passionnés et de personnes qui ont œuvré ensemble pour faire évoluer les choses.

Cette histoire mérite d’ailleurs largement mieux que quelques paragraphes perdus au milieu de son portrait. J’y reviendrai donc prochainement dans un article entièrement consacré à la FWCA, à ses origines et au chemin parcouru par la chasse à l’arc en Wallonie.

Car ici, c’est avant tout l’homme derrière ce parcours qui m’intéresse.

Du lapin à l’éland du cap…

Lorsque Jean commence à faire défiler ses anciennes photographies, on mesure réellement le chemin parcouru. En effet, Jean a prélevé plus de 400 animaux à l’arc.

Pris seul, le chiffre est impressionnant, mais ce qui l’est d’autant plus, c’est la diversité des expériences accumulées.

Jean a énormément chassé au sol et à l’approche à ses débuts. Il a chassé le petit comme le grand gibier, au traditionnel comme au compound, en Belgique mais également à l’étranger.

À une époque, il était capable de parcourir 500 kilomètres à l’aller, puis autant au retour, simplement pour aller chasser le lapin à l’arc du côté de Blois. Près de 1 000 kilomètres dans la journée. Pas pour un grand trophée, simplement pour prélever quelques lapins avec une bande d’amis passionnés. Rien ne résume peut-être mieux la passion qui l’animait alors…

Jean Galoppin avec deux lapins prélevés à l’arc

Ses voyages l’emmèneront également plusieurs fois en Afrique, principalement en Afrique du Sud. Oryx, autruche, impala, duiker, springbok, mountain reedbuck, éland du Cap… autant d’espèces et d’expériences qui viendront enrichir une vie de chasse déjà particulièrement remplie.

Jean Galoppin avec un oryx prélevé à l’arc en Afrique

En faisant défiler ses anciennes photographies, Jean me montre ainsi quelques animaux remarquables prélevés au cours de sa vie de chasseur à l’arc : un mouflon exceptionnel prélevé en France, un superbe cerf prélevé en battue, un énorme verrat… et bien d’autres…

Ce qui est intéressant, c’est que Jean ne les fait pas défiler comme on présenterait un tableau de chasse : chaque photo déclenche surtout un souvenir : le lieu, les personnes présentes, l’arc qu’il utilisait, la distance, une difficulté particulière… Très vite, derrière chaque animal apparaît une histoire.

Après près de quarante années de chasse, ces animaux constituent forcément une partie de son histoire. Certains témoignent aussi de ce qu’une vie entière consacrée à la chasse à l’arc peut permettre de vivre.

Mais lorsqu’on cherche l’animal qui semble véritablement accompagner Jean depuis ses débuts, ce n’est finalement ni un grand animal africain, ni un mouflon exceptionnel.

C’est un animal beaucoup plus proche de chez nous : le brocard.

Le brocard, encore et toujours…

Lorsque Jean parle du brocard, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas simplement d’une espèce parmi les autres. C’est probablement son gibier de cœur.

Au moment où nous discutons, Jean en a prélevé 93 à l’arc. Pendant longtemps, il s’était fixé un objectif : atteindre son centième brocard avant ses 50 ans. Il ne l’a finalement pas atteint.

À 52 ans, il pourrait facilement transformer les sept derniers en une course contre le compteur. Mais sa vision de la chasse a justement évolué dans le sens inverse. Le centième reste quelque part dans un coin de sa tête, mais il n’y a plus d’échéance. Car après plusieurs décennies de chasse, le brocard continue avant tout à le passionner.

Et lorsque je lui parle de « Flèche », ce brocard que j’avais blessé quelques semaines auparavant avant de le revoir vivant sur mes caméras, Jean n’a pas besoin de longues explications pour comprendre ce que j’ai pu ressentir.

Il me raconte alors l’un de ses propres souvenirs. En 2005, Jean est invité par Matthieu Willems, qui souhaite alors se mettre à la chasse à l’arc et qui deviendra au fil des années l’un de ses amis proches. Jean y blesse un brocard. Malgré les recherches, l’animal n’est jamais retrouvé. Un mois plus tard, jour pour jour, le père de Matthieu prélève ce même brocard à la carabine. En examinant l’animal, ils constatent que la blessure provoquée par la trilame est entièrement cicatrisée. La flèche, équipée d’une Magnus Snuffer, était passée sous la colonne vertébrale et au-dessus des poumons.

Pour Jean et Mathieu, la découverte est marquante. À l’époque, ils ne pensaient pas qu’une blessure provoquée par une trilame de ce type puisse cicatriser de cette manière. Des années avant que je vive ma propre mésaventure avec Flèche, Jean avait donc connu cette même incertitude, avant de découvrir qu’un animal que l’on pouvait penser condamné avait finalement survécu.

Une passion qui a suivi l’évolution du matériel

En près de quarante années de pratique, Jean a évidemment vu le matériel de chasse à l’arc se transformer profondément.

Il a lui-même connu et utilisé de nombreux arcs au fil des années. Son parcours permet presque à lui seul de traverser plusieurs générations de matériel.

Et malgré toute cette expérience, Jean ne prétend pas avoir toujours fait les meilleurs choix. C’est particulièrement vrai lorsqu’il évoque ses anciens arcs traditionnels.

Pendant longtemps, il a recherché des arcs très courts, essentiellement pour leur compacité et leur maniabilité en situation de chasse. Avec le recul, son regard a changé. Il reconnaît volontiers avoir parfois privilégié cet avantage au détriment du confort de tir, avec des arcs qui pouvaient devenir particulièrement raides à l’armement.

Aujourd’hui, son approche du traditionnel a évolué. Il apprécie davantage les arcs un peu plus longs, plus souples et agréables à armer, sans pour autant renoncer à la performance.

Jean Galoppin avec un sanglier prélevé à l’arc traditionnel

Son recurve actuel est un Timberghost G3SS. Mais un autre arc est actuellement en préparation et celui-là occupera forcément une place particulière dans sa collection.

Jean a demandé à Timberghost de lui fabriquer un TGX, en hommage à ses parents aujourd’hui disparus. Plus qu’un simple arc supplémentaire, il s’agira pour lui d’un objet chargé de souvenirs et de symbolique. Difficile d’ailleurs de ne pas faire le rapprochement avec ce premier recurve offert par son père pour ses douze ans et que Jean conserve toujours, quarante années plus tard.

Quand on aborde le sujet du compound, sa philosophie est différente : il tire toujours à 70 livres et reste convaincu de l’intérêt de cette puissance pour la chasse.  » Qui peut le plus, peut le moins, tant que la personne sait armer correctement son arc, il a tout intérêt à bénéficier de la puissance supplémentaire. « 

Il n’y a donc pas chez lui une règle universelle qui voudrait que plus léger ou moins puissant soit nécessairement meilleur. Ce qui ressort davantage de notre conversation, c’est une recherche permanente de cohérence entre le matériel, l’archer et l’utilisation qui en sera faite.

Et sur ce terrain, l’expérience accumulée par Jean est assez impressionnante.

Une expertise reconnue bien au-delà de son propre matériel

Car derrière le chasseur se cache également un véritable technicien de l’archerie.

Et probablement l’un des meilleurs que j’ai eu l’occasion de rencontrer lorsqu’il s’agit de comprendre et de régler un arc. Près de quarante années passées à tirer, essayer, modifier, comparer et chasser lui ont donné une connaissance du matériel qui va bien au-delà de la théorie.

Jean ne regarde jamais uniquement l’arc. Il considère toujours l’ensemble des paramètres : l’arc, sa puissance réelle, l’allonge, la flèche, son spine, sa longueur et son poids, la corde, l’empennage… mais également l’archer qui se trouve derrière avec ses diverses caractéristiques. Sa morphologie, son ancrage, sa prise de corde, sa décoche et sa capacité à reproduire son geste.

Jean Galoppin en train de tirer avec un arc à poulies

Mais ce qui caractérise probablement encore davantage Jean, c’est le plaisir qu’il prend à mettre cette expérience au service des autres.

Lorsqu’un ami ou quelqu’un qu’il apprécie lui confie un arc, il peut y consacrer des heures. Pas pour en retirer quoi que ce soit, simplement pour rendre service et faire plaisir. Il règle alors l’arc avec la même attention que s’il s’agissait du sien. Et je peux désormais en témoigner personnellement.

Je garderai volontairement le détail de notre séance pour un prochain article, car elle mérite d’être racontée séparément. Mais elle m’a permis de découvrir une autre facette du personnage : Jean ne se contente pas de connaître le matériel. Il comprend son fonctionnement et prend surtout énormément de plaisir à partager ce savoir.

Cette connaissance, son expérience de terrain, mais aussi son implication dans le développement et la transmission de la chasse à l’arc lui ont valu très tôt une véritable reconnaissance dans le milieu.

Au fil de son parcours, Jean a ainsi été soutenu et sponsorisé par plusieurs grandes marques de l’archerie et de l’optique.

Il a notamment été archer sponsorisé par Bowtech durant une longue période, avant de rejoindre Mathews, puis de revenir chez Bowtech depuis 2025. Bohning l’accompagne depuis de nombreuses années, tout comme Kite Optics dans le domaine de l’optique.

Plus que les noms eux-mêmes, c’est surtout la continuité de ces collaborations qui me paraît intéressante.

Jean Galoppin, brocard et arc Bowtech Virtue

Jean n’est pas un compétiteur dont la reconnaissance reposerait uniquement sur des résultats sportifs. Son expérience s’est construite sur le terrain, au fil de milliers d’heures passées avec un arc, de centaines d’animaux prélevés, de voyages, d’innombrables essais de matériel, mais également et surtout de toutes ces années consacrées à faire connaître, défendre et transmettre la chasse à l’arc.

Que des acteurs importants du secteur aient choisi de l’accompagner durant de nombreuses années témoigne de la reconnaissance de ses connaissances, de son expérience et de son engagement dans le milieu.

Et pourtant, lorsqu’on passe quelques heures avec lui, ce n’est pas ce qu’il met en avant, loin de là. Chez Jean, l’expérience n’a fait que renforcer cette envie de partager, sans rien demander en retour, simplement parce que cela lui fait plaisir.

« Une légende se repose, elle ne meurt jamais »

Une vie de chasse aussi remplie laisse forcément quelques anecdotes… Certaines pourraient probablement remplir un article à elles seules. Mais il y en a une qui résume assez bien le personnage, son humour et surtout les relations construites au fil des années.

Lors d’une battue à l’arc, Jean réalise à lui seul la moitié du tableau : un gros sanglier, un petit sanglier, une chevrette, un chevillard et un brocard : cinq animaux sur dix.

Au fil de la journée, il envoie les photos de son carquois qui se vide progressivement aux différents membres du groupe de chasse du jour.

Jean Galoppin derrière cinq animaux prélevés lors d’une battue à l’arc

Au tableau, Jean reçoit cinq brisées et on lui demande alors de dire quelques mots. Après avoir remercié les participants, il conclut avec une formule qui déclenche l’hilarité générale : « N’oubliez pas qu’une légende se repose, elle ne meurt jamais. »

Une phrase à prendre évidemment au second degré, tant elle contraste avec la modestie dont Jean fait preuve lorsqu’il raconte son parcours.

Derrière la boutade, il y a surtout plusieurs décennies de chasse, d’amitié et de chambrage entre des hommes qui ont vécu ensemble une bonne partie de l’évolution de la chasse à l’arc en Belgique.

Jean me raconte d’ailleurs sa première rencontre avec Laurent Duvivier, en 2005, en ressortant une vieille photographie d’un sanglier qu’il avait fléché. Laurent était venu participer à la recherche de l’animal et avait alors pris cette photographie. À l’époque, il débutait encore dans la chasse à l’arc.

Des années plus tard, leurs chemins sont toujours liés par cette même passion.

Une passion qui évolue avec le temps

À 52 ans, Jean ne prétend pas avoir encore exactement la même énergie qu’il y a dix ou quinze ans.

Les centaines de kilomètres parcourus dans la journée simplement pour aller chasser quelques lapins à l’arc ? Il reconnaît volontiers qu’il n’aurait probablement plus aujourd’hui la même motivation pour les faire.

Même chose pour certaines activités auxquelles il a énormément donné au fil des années. Salons, représentations, journées consacrées à faire découvrir la nature et la chasse aux enfants… Jean continue à s’investir, mais choisit davantage aujourd’hui où et comment il souhaite consacrer son temps. Ce week-end encore, il était présent au salon de la chasse de Mirwart pour monter le stand de la FWCA et y passer la journée. La passion est donc toujours là, mais elle se vit peut-être différemment.

En revenant sur toutes ces années, Jean semble aussi prendre conscience de quelque chose qui dépasse largement sa propre pratique de la chasse. Il me décrit cela avec l’image d’une toile d’araignée. Au départ, il n’y avait qu’un petit nombre de passionnés évoluant dans une pratique encore peu structurée en Belgique. Puis les choses se sont progressivement mises en place. La chasse à l’arc a trouvé sa place et s’est structurée et, autour d’elle, les rencontres se sont multipliées. Des liens se sont créés, des amitiés sont nées et la toile s’est progressivement étendue.

Jean Galoppin et Matthieu Willems avec un brocard

Jean pense notamment à Matthieu Willems, rencontré en 2005 et devenu depuis l’un de ses amis proches, mais aussi à Alexandre Van Laetem, qu’il a connu alors qu’il était encore très jeune. Au fil des années et d’une passion commune, Matthieu et Alexandre sont eux-mêmes devenus de très bons amis. Aujourd’hui, tous deux sont adultes et pères de famille. Et à leur tour, ils transmettent à leurs enfants cette passion de la chasse à l’arc et cette manière particulière de vivre la chasse.

Jean Galoppin et ses compagnons de chasse dans le Caroux

C’est peut-être là que l’image de Jean prend tout son sens. La toile qu’une poignée de passionnés a commencé à tisser il y a plusieurs décennies continue aujourd’hui de s’étendre, parfois bien au-delà d’eux.

Et lorsque Jean évoque Matthieu, Alexandre, Claude, Sébastien, Richard, Bruno, Thierry, Laurent et tant d’autres croisés au fil de son parcours, on comprend que l’histoire de la chasse à l’arc est aussi et surtout, pour lui, une histoire d’amitiés.

Jean Galoppin avec des amis chasseurs à l’arc

Cette évolution se retrouve jusque dans sa manière d’aborder son gibier de cœur. Aujourd’hui, Jean me confie prendre davantage de plaisir à flécher un brocard chez un ami qu’à en prélever un seul sur l’un des territoires auxquels il a accès. Partager une chasse dans les Landes chez son ami Sébastien, ou dans le Gers chez Christophe, représente désormais pour lui bien davantage qu’un chiffre supplémentaire sur un compteur.

Jean Galoppin et Sébastien avec deux brocards prélevés à l’arc

Avec les années, les animaux comptent toujours. Mais les personnes avec lesquelles les histoires s’écrivent semblent compter encore davantage.

La suite reste à écrire

Près de quarante ans se sont écoulés depuis ces quelques pages découvertes presque par hasard dans un magazine.

Il y a eu depuis des centaines d’animaux, des milliers de kilomètres parcourus, des arcs de toutes sortes, des voyages, des rencontres et des amitiés. Il y a également eu toutes ces années consacrées à défendre la chasse à l’arc, à la faire connaître et à transmettre une expérience acquise sur le terrain.

La manière de vivre cette passion a évolué avec le temps, mais lorsqu’il commence à raconter une histoire, à sortir un arc ou à faire défiler quelques vieilles photographies, on comprend rapidement que la passion, elle, n’a jamais disparu.

Et Jean regarde encore vers l’avenir. Parmi ses projets, celui d’acheter un jour une maison dans les Landes, de s’y rapprocher de certains de ses amis et de pouvoir y passer davantage de temps à chasser. Une autre manière, peut-être, d’écrire les prochaines pages d’une histoire commencée quarante ans plus tôt.

Jean Galoppin avec son arc dans une forêt

Et puis, après tout ce qu’il a déjà vécu avec un arc entre les mains, il reste encore quelques histoires à écrire. Dont une, au moins, qui lui tient particulièrement à cœur.

Jean a aujourd’hui prélevé 93 brocards à l’arc. Son rêve d’atteindre les cent est toujours là. Mais l’objectif qu’il s’était autrefois fixé de les atteindre avant ses 50 ans appartient désormais au passé.

À 52 ans, Jean ne se fixe plus d’échéance… Il lui en reste sept, certes. Mais à l’écouter aujourd’hui, on comprend que l’endroit où il les prélèvera, les amis avec lesquels il les partagera et les souvenirs qui en resteront comptent probablement davantage que la date à laquelle arrivera le centième.


2 réflexions sur “Jean Galoppin – Une vie dédiée à la chasse à l’arc

    1. Merci beaucoup pour le commentaire. J’ai essayé de relater au maximum la grande histoire de Jean… La prochaine entrevue avec Jean sera consacrée à la FWCA…

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