Depuis la création de Fabwood Hunting, je me suis toujours promis une chose : raconter la chasse telle que je la vis réellement.
Les réussites, bien évidemment… Les rencontres extraordinaires, les apprentissages… Mais aussi les doutes. Et parfois… les échecs.
Cet article est sans doute le plus difficile que j’aie eu à écrire. Car, contrairement à ce que j’espérais en quittant le territoire ce 15 juillet au soir, il ne raconte pas le prélèvement de mon premier brocard à l’arc.
Il raconte tout l’inverse.
Une soirée qui semblait parfaite
Le 15 juillet marque l’ouverture de la chasse du brocard en Région Wallonne.
Après de très nombreux affûts au printemps, sans véritable occasion de tir, j’abordais cette première soirée avec beaucoup d’envie.
Depuis plusieurs semaines, nos caméras confirmaient une activité grandissante. Les chevrettes étaient bien présentes, les brocards également, et tous les signes laissaient penser que le pré-rut débutait sur notre territoire.
J’étais confiant… Pas parce que je pensais que tout était gagné d’avance, mais parce que les conditions semblaient réunies.
Le vent était parfait pour le poste que je voulais exploiter et les observations réalisées les jours précédents allaient toutes dans la même direction.
Parmi les brocards présents sur le secteur, il y en avait deux que je connaissais particulièrement bien. Le brocard dominant du secteur, imposant, magnifique… et un petit brocard…
Ce dernier, nous le connaissions depuis son plus jeune âge. Nous l’avions observé alors qu’il n’était encore qu’un chevrillard. Il s’était ensuite retrouvé isolé et semblait plutôt chétif. L’année dernière, il m’était passé sous le treestand, petit daguet de quelques centimètres seulement.

Cette saison, il portait sa première véritable tête mais le retard de croissance qu’il a subi plus jeune n’a pas du l’aider. Un petit quatre cors, aux pointes aplaties, très fin aux bois clairs, entre les oreilles : il ne semblait pas destiné à devenir un brocard particulièrement prometteur sur le plan du trophée.
Mais cela n’avait finalement que peu d’importance. Je le connaissais depuis trois ans et il pouvait être mon premier brocard prélevé à l’arc… Et cela suffisait à rendre cette rencontre particulière.
Une première observation
Je quitte le bureau à 16 h 45. À 17 h 20, je suis déjà sur le territoire. Le temps de m’équiper, marcher jusqu’à la zone d’affût à pas de loup et rejoindre mon arbre, il est 17 h 50 lorsque je m’installe.
Pour cette sortie, j’ai choisi la Lean Ascent afin de continuer mon apprentissage et me familiariser encore avec cette plateforme. Je suis installé à environ cinq mètres de hauteur. Impossible de monter davantage compte tenu de la morphologie de l’arbre.

La chaleur est encore bien présente, le vent souffle franchement, mais il est parfaitement orienté. Les heures passent… Le calme règne.
Puis, vers 20h15, tout s’accélère. Un brocard apparaît sur le plateau, à une quarantaine de mètres sur ma droite.
Je le reconnais immédiatement : c’est lui, le petit brocard.
Il poursuit une chevrette qui ne semble absolument pas décidée à lui céder, ils font un vacarme énorme. La chevrette crie puis part au grand galop. Le brocard tente de la suivre, puis abandonne. Les deux animaux disparaissent dans le grand bois.
Je réfléchis quelques instants. Avec tout le bruit qu’ils viennent de faire, je doute qu’ils reviennent exactement par ici. En revanche, je connais parfaitement une boucle qu’empruntent régulièrement les chevreuils, elle se situe environ 150 mètres plus loin.
Changement de stratégie
Je décide de tenter ma chance… Je descends, parcours la distance à pas de loup et grimpe rapidement dans le second arbre.

À peine cinq grosses minutes plus tard…. J’entends des pas, je saisis immédiatement mon arc. Puis j’aperçois une tête : c’est lui.
Il emprunte exactement le passage que j’avais imaginé, je me décale doucement, en souplesse, et je cale solidement mon genou contre le tronc. Je suis parfaitement stable.
La distance ? Je la connais parfaitement : 20 mètres.
En observant son comportement, je comprends immédiatement où il souhaite aller, il ne se rapprochera pas davantage.
Il s’arrête, plein travers. J’arme l’arc, je remonte mentalement sa patte avant, je décale mon point de visée de quelques centimètres derrière l’épaule.
Je vise à mi-hauteur du coffre. Mon index vient progressivement prendre la détente de mon décocheur. La surprise de la décoche. Tout est parfait
Puis…. En une fraction de seconde… Je vois le brocard s’affaisser comme un équilibriste qui perd soudainement l’équilibre. Non… Le saut de corde. Ma hantise, cette réaction dont j’avais parlé à plusieurs reprises avec Kévin et Logan.
J’entends pourtant le bruit caractéristique de l’impact. Mais je sais immédiatement que mon atteinte est haute…
Les cinq minutes qui entretiennent l’espoir
Le brocard trébuche et tombe dans les ronces situées derrière lui. Il se relève puis repart à la course.
Une trentaine de mètres plus loin…. Le silence.

Je me dis : « C’est bon… il est tombé. » Je tremble comme une feuille, j’ai du mal à réaliser ce qu’il vient de se passer.
Il est 21h04, je décide d’attendre avant de descendre.
Cinq minutes passent quand tout à coup, un bruit attire mon attention sur la gauche.
Je tourne la tête. Il est là, à une cinquantaine de mètres. Il est immobile, je distingue nettement le sang qui s’écoule aussi bien du côté de l’entrée que de la sortie de la flèche. Mais je distingue aussi une atteinte haute… trop haute…
Je reprends immédiatement mon arc. Une seconde chance s’offre peut-être à moi. Malheureusement, plusieurs branches rendent toute fenêtre de tir impossible.
Le brocard repart, en boitant légèrement, il aboit… puis disparaît.
Le choix le plus important de la soirée
Je descends finalement de mon arbre. À l’anschuss, je retrouve ma flèche plantée dans le sol.
Du sang est présent sur la lame et les empennages. Sans abondance, des poils sont restés sur la lame mécanique. Je retrouve des gouttes de sang là où le brocard a trébuché dans les ronces.

L’envie de suivre est immense, mais une autre petite voix prend rapidement le dessus : « Ne le relève pas. »
Je plante la flèche afin de matérialiser précisément le lieu du tir, je mémorise la direction de fuite. Puis je fais demi-tour.
Avec le recul, c’est probablement la meilleure décision que j’ai prise ce soir-là.
Demander conseil
Une fois arrivé à la voiture, j’appelle immédiatement Jean Galoppin avec sa grande expérience de la chasse à l’arc et de la recherche au sang.
Je lui décris précisément la situation. Sa réponse est immédiate : « La meilleure chose à faire est de ne plus toucher à rien, attendre, et organiser une recherche le lendemain matin«
Selon lui, deux scénarios sont possibles. Soit la flèche a atteint le sommet des poumons, dans ce cas, le brocard sera probablement retrouvé le lendemain. Soit elle est passée dans ce mince espace situé entre la colonne vertébrale et les poumons. Dans ce cas, l’issue est totalement incertaine.
Jean me raconte alors une histoire qu’il a lui-même vécue, une atteinte très similaire, un chevreuil jamais retrouvé puis finalement prélevé plusieurs semaines plus tard à la carabine. Les blessures avaient parfaitement cicatrisé.
Cette anecdote me redonne un peu d’espoir. J’appelle immédiatement Catherine, de l’ABUCS, afin de réserver une recherche pour le lendemain matin.
Je préviens ensuite Kévin et Logan. Je leur raconte tout : la déception est immense.
Une nuit interminable
Je déteste blesser, je préfère 1000 fois manquer que de blesser un animal. Je refais la scène des centaines de fois dans mon esprit. Le sommeil est quasiment impossible à trouver.
Le lendemain, la recherche étant prévue à 10 heures, je décide de me rendre extrêmement tôt au bureau afin de prendre de l’avance et de pouvoir m’absenter sereinement.
Je n’ai plus qu’une seule envie : savoir.
La recherche
Nous connaissons Catherine et son mari depuis plusieurs saisons. Ils ont déjà effectué plusieurs recherches chez nous, ce sont des passionnés. Leur jeune rouge possède déjà des qualités remarquables.

La recherche débute : le chien prend rapidement la voie. Chaque mètre parcouru entretient l’espoir.

Plusieurs tentatives de remise sur la voie seront effectuées. À chaque reprise, l’espoir renaît quelques instants, avant que la piste ne devienne de nouveau incertaine. Malgré le travail du chien et la persévérance de Catherine et de son mari, nous devons finalement nous résoudre à interrompre la recherche. Le brocard ne sera pas retrouvé.

Et maintenant ?
La déception est immense. La déception d’avoir blessé ce qui aurait pu être mon premier brocard à l’arc, la déception de ne pas l’avoir retrouvé, de ne jamais connaître le véritable dénouement de cette histoire.
Ensuite, une autre émotion finit progressivement par prendre le dessus : l’espoir.
L’espoir que la blessure ne soit pas mortelle et que ce brocard, après s’être retapé, soit encore vivant.
Depuis ce 15 juillet, chaque fois qu’une notification des caméras arrive sur mon téléphone, je nourris secrètement le même espoir : le revoir.
Si un jour il réapparaît sur nos trail cams…. Je saurai immédiatement comment l’appeler : Flèche…
Que ferais-je différemment ?
C’est probablement la question que beaucoup se poseront. Et je me la suis posée moi aussi.
En y repensant, je crois que, dans les mêmes conditions, j’aurais repris ce tir cent fois sur cent.
La distance de 20 mètres était parfaitement connue, le brocard était arrêté, plein travers.
Je tire environ 150 flèches par semaine, de 5 à 60 mètres. Je connais parfaitement mon matériel, J’ai déjà prélevé des animaux dans des conditions similaires. Non, je ne pense pas que la décision de tirer était mauvaise.
En revanche…. Cette soirée m’a appris quelque chose.
À l’avenir, sur le chevreuil, je pense que j’abaisserai très égèrement mon point de visée afin de mieux tenir compte d’un éventuel saut de corde.
Ce n’est pas une recette miracle, aucun archer n’est à l’abri d’une réaction aussi rapide. Mais c’est l’un des enseignements que je retiens de cette soirée.
Un épilogue que je n’espérais plus
Alors que je planifiais la publication de l’article, une notification est apparue sur mon téléphone ce lundi 27 juillet 2026.
Comme chaque fois depuis ce 15 juillet, j’ai ouvert l’application avec le même espoir.
Et cette fois… Il était là, vivant. L’emplacement de la flèche est encore bien visible.


Les photos ne permettent évidemment pas de dire qu’il est totalement indemne ni que tout est définitivement gagné. Mais elles montrent une chose essentielle : il est vivant, près de deux semaines après cette soirée.
Je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve et je ne sais pas si nos chemins se croiseront encore. Mais aujourd’hui, c’est un immense soulagement.
Lorsque j’ai écrit cet article, j’espérais secrètement pouvoir un jour conclure cette histoire de cette manière. Je n’imaginais simplement pas que ce jour arriverait avant même sa publication
Pourquoi publier cet article ?
Parce qu’aujourd’hui, il suffit d’ouvrir les réseaux sociaux pour voir des réussites, des trophées, des flèches parfaites ou encore des vidéos où tout se déroule idéalement. Et c’est très bien ainsi… Nous aimons tous partager nos plus beaux souvenirs.
Mais la réalité de la chasse est plus nuancée.
Il existe aussi des soirées où tout semble parfaitement préparé… et où, malgré cela, une fraction de seconde suffit à tout faire basculer. Des soirées où l’on doute, où l’on dort mal, où l’on se remet profondément en question.
Si je veux que Fabwood Hunting reste un carnet de chasse sincère, je me dois aussi de raconter ces moments-là.
Non pas pour me justifier, non pas pour susciter la compassion, mais parce que je suis convaincu que l’on apprend parfois davantage de ses échecs que de ses réussites.
Et parce que, si un jeune archer lit ces lignes un jour, j’aimerais qu’il comprenne qu’un échec ne fait pas de lui un mauvais chasseur. Ce qui définit un chasseur, ce n’est pas uniquement la qualité de son tir, c’est surtout la manière dont il réagit lorsque les choses ne se passent pas comme prévu.
J’espère sincèrement ne plus jamais avoir à écrire un tel article. Mais si cela devait arriver de nouveau un jour, j’espère avoir la même exigence envers moi-même : tout mettre en œuvre pour retrouver l’animal, analyser la situation avec humilité et avoir le courage d’en parler.
Parce que les réussites inspirent, tandis que les échecs, eux, font grandir.
Bravo Fabrice, je pense que tu as eu du succès et pris les bonnes décisions sur plusieurs points. D’abord l’idée de te repositionner qui était excellente, le choix du matériel aussi: aurais-tu pu te repositioner aussi vite et en silence avec un autre équipement? Ensuite la recherche au sang et enfin le fait de garder un oeil sur le secteur. Peut-être une chose à revoir: avais-tu un indice dans le comportement de l’animal ou une posture pouvant te laisser penser qu’il était aux aguets et pas relax?
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Bonjour Charles,
merci pour ton commentaire. J’avoue que la légèreté et le faible encombrement de la Lean Ascent m’ont poussé à faire le « saut de puce » vers l’autre secteur proche. Pas certain que je l’aurais fait avec mon climbing.
Aucun indice trahissant un chevreuil alerte tel qu’on peut les voir. Si ce n’est qu’il s’agissait du pré-rut et que ce jeune brocard avait déjà du en découdre avec le gros brocard dominant du secteur… Il était donc peut être à priori sur le qui-vive ou du moins tendu par ses hormones 😉 Mais il n’était pas sur l’oeil, rien.
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