Il y a parfois des soirées qui marquent le début d’une aventure. Cette histoire commence plusieurs mois auparavant, lors du repas qui clôturait notre saison de battues 2025-2026. Au détour d’une conversation entre Jean et Bruno, j’apprends que des places pourraient se libérer en tant qu’actionnaire complet, permettant de pratiquer l’affût et participer aux battues. Le lendemain matin, je contacte immédiatement Jean qui me le confirme.
Quelques jours plus tard, la nouvelle tombe : ma candidature est acceptée.
J’allais pouvoir continuer à explorer le territoire de Thilay plus en profondeur, y pratiquer l’affût du brocard et du sanglier, et continuer à progresser dans ma pratique de la chasse à l’arc sur un territoire aussi exigeant que magnifique.
Une visite riche en informations
Le 25 avril, Jean nous donne rendez-vous pour découvrir l’ensemble du territoire de Thilay, les limites de l’ensemble du territoire. Durant plusieurs heures, nous parcourons les limites, les vallons, les secteurs stratégiques et les différents biotopes qui composent cette chasse. Les informations sont aussi précieuses que nombreuses.

Comme souvent lorsque je découvre un nouveau territoire, je prends des notes, j’observe la topographie et j’essaie déjà d’imaginer les déplacements du gibier. Les pentes sont raides, les vallons profonds et la chasse s’annonce sportive.
Chaque vallon, chaque changement de topographie, chaque rupture de végatation semble influencer les déplacements du gibier.
Une chose est certaine : le terrain est magnifique, mais il ne fera aucun cadeau.
Une première sortie sous la pluie
Le mercredi 3 juin, je décide d’effectuer une première sortie de reconnaissance. Les conditions météo sont loin d’être idéales. Plusieurs jours de pluie se sont succédés et les prévisions annoncent encore des averses. Malgré cela, je quitte le travail plus tôt afin de pouvoir consacrer ma soirée à la découverte du terrain. À peine arrivé sur place, les premières gouttes commencent à tomber. Elles ne cesseront pratiquement plus de toute la soirée.
Face à ces conditions, je décide de prospecter une sapinière relativement protégée des intempéries à l’approche.

À pas lents, en contrôlant constamment le vent et en observant chaque indice de présence, je progresse dans le sous-bois. Rapidement, une chevrette apparaît à environ 80 mètres. Le vent est favorable, elle ne détecte pas ma présence, je fais une grande boucle dans la sapinière pour ne pas la déranger. Le reste de la soirée me permet d’identifier plusieurs secteurs intéressants malgré la pluie et le brouillard qui finissent par réduire considérablement la visibilité.
Avant de rentrer, je réalise encore quelques observations depuis les chemins périphériques. Un secteur attire particulièrement mon attention. Des coulées marquées, un vallon encaissé, des changements de végétation et plusieurs zones de remise. Tout semble réuni pour accueillir régulièrement du gibier, ce que me confirme notre garde Eric.
Je note soigneusement l’endroit. Je reviendrai…
En route
Le dimanche 7 juin, toutes les conditions sont enfin réunies pour réaliser un premier véritable affût. Ma compagne reprenant le travail la semaine suivante, les disponibilités allaient rapidement devenir plus limitées. Nous nous organisons donc pour que je puisse profiter de cette soirée.
Mon objectif est clair. Depuis maintenant un an, je poursuis un rêve : prélever mon premier brocard à l’arc. Le sanglier reste une possibilité, mais le brocard demeure mon graal.
J’arrive sur le territoire en fin d’après-midi. Jarno sera également présent ce soir-là sur un autre secteur situé à plusieurs centaines de mètres du mien.
Treestand sur le dos, arc à la main, je m’engage dans le vallon. Rapidement, les premières coulées apparaissent et les indices sont encourageants. Plus j’avance, plus le secteur me plaît.
Le choix du poste
Les coulées m’amènent finalement sur une zone que je trouve particulièrement intéressante. Quelques chênes dispersés, du gagnage naturel, des genêts, des remises proches et plusieurs coulées convergeant vers le même secteur. Il doit s’agir d’un point de passage fréquenté régulièrement.
Je sélectionne soigneusement mon arbre, m’ouvre quelques fenêtres de tir dans la végétation et installe mon climbing à environ cinq mètres du sol. Comme à mon habitude, les distances sont télémétrées, les repères mémorisés et notés pour de futurs affûts.

Depuis mon poste, la vue est parfaite. Le vent me fait face et emporte mes effluves derrière moi, loin des zones que je souhaite surveiller.
À 18h10, tout est prêt. Il ne reste plus qu’à attendre…

Quand la forêt reprend vie
Quelques minutes après mon installation, le calme revient progressivement. La forêt reprend vie.
Vers 19h45, le cri caractéristique d’un merle attire mon attention. Je saisis immédiatement mes jumelles, une jolie chevrette apparaît. Elle traverse tranquillement la zone sans jamais détecter ma présence.

Une belle confirmation que le poste est bien choisi et que le vent fait parfaitement son travail.
Quelques instants plus tard, un énorme lièvre me surprend en faisant un vacarme impressionnant dans les feuilles mortes.Puis le calme revient.
La lumière baisse lentement, les minutes s’écoulent.
Le visiteur inattendu
21h30, un léger craquement résonne dans les feuilles… Un animal approche. Mon esprit imagine déjà l’arrivée du brocard tant attendu mais c’est une silhouette sombre et trappue qui apparaît sur une des coulées : un sanglier.
Je saisis immédiatement mes jumelles pour l’identifier. L’animal est seul, le pinceau pénien est bien visible avec son poil d’été. Il s’agit d’un verrat d’environ 55 kg.
Je repose mes jumelles, je me saisis de mon arc sans un bruit. Le verrat continue sa progression au pas de manière régulière et confiante.
Je repère la fenêtre de tir idéale à 20 mètres. L’animal avance encore de quelques mètres.
Je profite du passage du sanglier derrière quelques arbres pour armer mon arc. Les points d’ancrage se mettent en place naturellement. Le pin se stabilise à l’arrière de l’épaule du sanglier qui se présente idéalement pour dégager les zones vitales.
La pression augmente progressivement sur le décocheur… Puis la flèche part.
FLOK !
Le bruit caractéristique de l’impact résonne immédiatement. L’atteinte est parfaite, le sanglier s’effondre sur place. Une seconde flèche d’achèvement permet d’abréger immédiatement les souffrances de l’animal qui dévale quelques mètres dans la pente avant de s’immobiliser presque sous mon poste.

Moins de dix secondes après le tir, tout est terminé.
L’émotion
Comme à chaque fois, l’adrénaline prend le dessus. Les jambes tremblent, les émotions se mélangent… J’ai du mal à réaliser que mon premier véritable affût sur le territoire de Thilay vient de se transformer en réussite.
Rapidement, la réalité me rattrape. Je regarde autour de moi : le vallon, la pente et la distance qui me sépare du véhicule… Je ne suis pas prêt d’être couché.
La soirée ne faisait que commencer
Quelques minutes plus tard, j’envoie un message dans notre groupe d’actionnaires de Thilay : « Je vais avoir besoin de ton aide Jarno »
Puis :« Sanglier mort. »
Les félicitations arrivent rapidement. Je descends finalement de mon poste, rends les honneurs à l’animal et remonte déjà le tout l’équipement à la voiture. J’en profite également pour aller chercher la bague à apposer sur l’animal avant tout déplacement de celui-ci.
Je rejoins ensuite Jarno. Après quelques minutes de discussion et d’explications sur nos affûts respectifs, nous partons ensemble vers le lieu du tir.
Dans l’obscurité, les repères changent rapidement. Les frontales remplacent la lumière du soleil et il n’est pas évident de tomber du premier coup sur l’arbre que j’ai sélectionné.
Quelques photos souvenirs sont réalisées sur place avant de vider le sanglier. Le plus difficile reste à venir : le transport. Dans ce que j’appelle désormais affectueusement mon « territoire de chamois », chaque mètre se mérite, d’autant plus avec un sanglier de 55 kg à trainer derrière soi.
Heureusement, à deux, le travail devient plus supportable. Nous avançons à notre rythme, mètre après mètre, jusqu’aux véhicules.
Une première soirée inoubliable
Lorsqu’enfin nous atteignons les voitures, il est déjà 23h35. Encore quelques photos, quelques discussions puis chacun reprend la route.

Je rentrerai finalement à la maison vers 1h30 du matin. Le matériel est rangé, le sanglier est mis au frais.
Lorsque je me couche enfin vers 2h15, le réveil est déjà programmé pour 5h15. La nuit sera courte, très courte même, car il faudra s’occuper du sanglier avant d’aller travailler.

Parfois, certaines journées commencent avec des petits yeux, un immense sourire et des souvenirs plein la tête… N’est-ce pas là l’essentiel ?