Deux approches, une même passion

Au fil des années, certaines sorties de chasse finissent par devenir bien plus qu’une simple tentative de prélèvement. Elles deviennent des souvenirs que l’on partage encore longtemps après avoir rangé le matériel.

Le 17 mai 2026, nous étions trois à nous retrouver avant l’aube sur notre territoire du Hainaut :

  • Kevin à la carabine ;
  • Michaël à la carabine ;
  • moi-même à l’arc.

Mais au-delà du plaisir de partager une matinée entre amis, cette sortie marquait également le premier affût de la saison pour notre ami Michaël pour qui c’est toujours un bonheur de retrouver « son petit paradis ».

Les prévisions annoncent l’arrivée de la pluie en fin de matinée, mais la nuit devrait rester sèche. Les conditions semblent idéales. Après notre traditionnel appel stratégique de la veille au soir, le plan est arrêté.

Une stratégie bien rodée

Au fil des semaines, nos observations et les données récoltées par les caméras nous ont permis d’identifier plusieurs points d’entrée et de sortie régulièrement utilisés par les sangliers. Les allées et venues sont régulières, de véritables métronomes…

Je décide de retourner au même poste que lors de mon prélèvement du mois précédent. Mon arbre est préparé pour le climbing et je peux m’y installer très discrètement le matin, même par nuit noire.

Kevin occupera un autre point de fuite important tandis que Michaël prendra place sur un troisième secteur particulièrement prometteur. Si tout se déroule comme prévu, c’est probablement Michaël qui devrait avoir la meilleure opportunité.

Le rendez-vous est fixé à 4 h 45.

Un réveil difficile

Le réveil sonne à 4 h 00. Il n’y a pas à dire : ça fait mal après une semaine de boulot éreintante. Quelle passion de fou…

Comme souvent, mon premier réflexe consiste à vérifier les caméras. Des sangliers ont fréquenté le territoire durant la nuit mais plus aucune activité n’est enregistrée depuis 2 h 05.

Rien d’inquiétant, du moins, c’est ce que je crois.

À 4 h 45, nous sommes réunis au point de rendez-vous lorsque plusieurs notifications arrivent soudainement sur nos téléphones. Des bêtes rousses sont présentes quasiment en face du poste que je suis censé occuper. La situation se complique.

Le sacrifice

Afin d’éviter de pousser les animaux vers l’extérieur du territoire, je décide de modifier mon approche.

Kevin et Michaël partent directement vers leurs postes.

Pour ma part, chargé de mon climbing, j’effectue un large détour par les prairies afin de me présenter à bon vent et de limiter au maximum les risques de dérangement.

Les notifications continuent d’arriver, puis, s’arrêtent brutalement. Les sangliers se sont déplacés. J’espère simplement qu’ils se sont remisés un peu plus loin dans le bois.

Quelques minutes plus tard, je rejoins finalement mon arbre et m’installe. L’attente peut commencer.

Vue depuis un treestand avec un arc à poulies installé au-dessus d'une coulée forestière

Un visiteur inattendu

Une trentaine de minutes après mon installation, un magnifique brocard apparaît. Il passe à une quinzaine de mètres de mon poste, au pas, parfaitement de travers.

Pendant plusieurs semaines, toute mon attention ou presque s’était portée sur les brocards. Et pourtant, malgré de nombreuses sorties, je n’avais jamais bénéficié d’une véritable opportunité.

Cette fois encore, je me contente d’admirer l’animal, puis il disparaît aussi discrètement qu’il était arrivé. Le calme revient.

Ils jouent avec nos nerfs

À 6 h 39, une notification apparaît sur mon téléphone. Les sangliers sont de retour exactement au même endroit qu’un mois auparavant.

Compagnie de sangliers photographiée par une caméra de surveillance dans un bois du Hainaut

Je préviens immédiatement Michaël. Tout semble indiquer que les animaux vont remonter vers lui.

Mais les minutes passent, les sangliers restent à la pierre à sel, puis disparaissement, puis reviennent. Ils jouent littéralement avec nos nerfs. A plusieurs reprises, nous pensons que l’un d’entre nous va avoir l’opportunité de prélever une des bêtes rousses de cette compagnie… Mais, rien ne se produit.

Premier coup de feu

Peu après 8 heures, Kevin nous envoie discrètement un message : les sangliers arrivent.

Deux minutes plus tard, le claquement sec de sa .270 Winchester résonne dans le vallon. Un seul coup, c’est toujours bon signe.

Quelques secondes plus tard, le message tombe :

— Un sanglier est mort. Les autres reviennent vers vous.

L’excitation monte immédiatement d’un cran.

Le doublé

À 8 h 15, les sangliers repassent à la pierre à sel à la course. Au vu de la coulée empruntée, je suis persuadé que Michaël et moi allons nous faire avoir. Les animaux semblent sur le point de sortir entre nos postes sans qu’aucun de nous n’ait la possibilité de tirer ou décocher.

Puis, tout bascule. À 8 h 17, un énorme fracas éclate derrière moi. Les sangliers arrivent à toute vitesse. Ils empruntent exactement la même coulée que lors de mon prélèvement du mois précédent. Cette fois, je suis convaincu qu’ils ne s’arrêteront jamais. Et pourtant… Une bête rousse stoppe net sa course à une vingtaine de mètres.

J’arme immédiatement. Le pin se place sur l’épaule vu la position du sanglier, je décoche…

FLOK ! Le sanglier s’effondre sur place dans un fracas impressionnant. Pendant quelques secondes, je reste figé. Je n’en crois pas mes yeux. L’animal est resté cloué sur place.

Chasseur à l'arc camouflé dans son treestand pendant un affût matinal

J’envoie alors un message dans notre groupe : Sanglier fléché les gars.

Explosion de joie

Mon téléphone sonne immédiatement, c’est Kevin. Nous échangeons quelques mots, puis l’excitation prend le dessus.

Nous venons de réaliser notre premier doublé en trois ans sur ce territoire. La joie est immense…

Pendant que Kevin et Michaël s’occupent du premier sanglier, je descends de mon treestand et rejoins le mien. La flèche est restée coincée au niveau de l’empennage après avoir traversé une section de la colonne, l’omoplate et les poumons. L’efficacité du tir explique l’effondrement immédiat de l’animal.

Flèche de chasse portant des traces de sang après un tir sur sanglier

Après les honneurs rendus au gibier, nous nous retrouvons tous les trois. Les félicitations fusent, nous sommes sur un nuage. Michaël découvre pour la première fois un animal prélevé à l’arc et se montre particulièrement impressionné par les dégâts observés.

Sanglier prélevé à l'arc couché dans une prairie avec un arc à poulies posé sur lui

Quelle ironie du sort : nous avions tout mis en œuvre pour offrir la meilleure opportunité possible à Michaël. Et finalement… C’est le seul d’entre nous qui ne tirera pas.

Une belle démonstration

Au-delà des deux sangliers prélevés, cette matinée illustre parfaitement ce que nous avons mis en place sur notre territoire.

Il ne s’agit pas d’opposer chasse à l’arc et chasse à la carabine, bien au contraire… Les deux pratiques sont complémentaires.

Elles permettent d’occuper efficacement le terrain, de multiplier les observations et de s’adapter aux situations rencontrées. Avec mon arc en treestand, j’ai l’occasion de pouvoir me placer « au plus près » des zones stratégiques, tout en restant le plus invisible possible grâce au treestand ou encore de pouvoir me placer au contact des zones périurbaines qui seraient difficilement exploitables avec des armes de chasse traditionnelles. Mes amis, à la carabine, peuvent occuper des postes beaucoup plus larges où des tirs à plus longues distances peuvent être réalisés…

Ce matin-là, Kevin a prélevé un premier sanglier à la carabine. Quelques minutes plus tard, j’en prélevais un second à l’arc.

Deux approches différentes, une même passion… Et surtout, un souvenir que nous ne sommes pas près d’oublier.

Deux chasseurs posant avec leurs sangliers après une matinée d'affût réussie

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