Un an de persévérance

Le 18 avril 2026 est une date que je n’oublierai jamais.

Ce matin-là, j’ai eu l’énorme privilège de prélever mon premier sanglier à l’arc sur notre territoire. Une simple bête rousse pour certains. Pour moi, bien plus que cela.

Cette chasse représente l’aboutissement d’une année entière d’efforts, de remises en question, d’observations et d’heures passées en forêt à essayer de comprendre un territoire et le chasser à l’arc.

Notre petit paradis

Depuis maintenant trois ans, je partage un territoire de chasse avec mes amis Kevin et Logan. Ce n’est pas un grand territoire, mais nous avons la chance de pouvoir le gérer selon nos convictions et nos objectifs.

Situé dans le Hainaut, il est composé d’un mélange de bois, de prairies et de plaines agricoles. Son relief vallonné est parcouru de petits ruisseaux, de zones humides et de marécages qui lui confèrent un caractère bien particulier.

Petit vallon boisé traversé par un ruisseau sur un territoire de chasse dans le Hainaut

Depuis plusieurs années, la population de sangliers y est en constante augmentation. Pourtant, malgré cette présence croissante, les rencontres sont très aléatoires…

Combien de fois avons-nous eu l’impression que les animaux faisaient exactement l’inverse de ce que nous avions appris ailleurs ? Les habitudes observées sur d’autres territoires semblaient ici perdre toute logique. Les mouvements du gibier, les horaires, les secteurs fréquentés selon les saisons… tout semblait différent.

Ce n’est finalement que cette année que nous avons commencé à réellement comprendre celui-ci, sa saisonnalité et les habitudes des animaux qui l’occupent.

Petit à petit, les pièces du puzzle commençaient enfin à s’assembler.

Une année d’apprentissage

Lorsque j’ai débuté la chasse à l’arc sur ce territoire un an plus tôt, j’étais loin d’imaginer le temps qu’il me faudrait pour concrétiser à l’arc.

Au cours des douze derniers mois, j’ai effectué environ trente-cinq sorties à l’arc : des affûts matinaux, des soirées interminables, des heures passées au sol et d’autres perchées dans mon climbing.

J’ai préparé des postes, aménagé des accès, déplacé des caméras à plusieurs reprises, observé les animaux saison après saison et tenté de comprendre leurs déplacements.

Jeune enfant installée dans un treestand lors d'une découverte de la nature en forêt

Les occasions de tir réellement exploitables se comptent pourtant sur les doigts d’une main :

  • Il y eut ce renard, présenté dans mon premier récit, que je n’ai finalement pas pu décocher.
  • Il y eut également ce sanglier blessé et malheureusement non retrouvé.
  • Je me souviens aussi de cette incroyable soirée où plusieurs sangliers m’ont littéralement entouré sans que je puisse identifier correctement les animaux dans la végétation dense.
  • Un jeune brocard s’était également présenté à portée lors du rut en 2025… Mais il ne faisait pas partie des animaux que nous avions sélectionnés pour le prélèvement.
  • Enfin, une grosse laie prête à mettre bas m’a offert une opportunité que je n’ai évidemment pas saisie quelques semaines auparavant.

Les occasions étaient rares… La persévérance, elle, ne l’était pas.

Tout semble s’aligner

La veille de cette chasse, les prévisions météorologiques attirent immédiatement mon attention. Le vent annoncé est parfait pour un poste que j’ai spécialement aménagé pour mon climbing.

Situé dans un sous-bois à proximité d’une prairie, traversé par un petit ruisseau serpentant entre les arbres, ce poste contrôle plusieurs coulées importantes ainsi qu’un des principaux points d’entrée et de sortie du territoire.

Le choix est vite fait. Le rendez-vous est fixé entre 5 h 00 et 5 h 15 avec Kevin.

Le lever du soleil est prévu à 6 h 42. La météo annonce un ciel gris et l’arrivée de la pluie en fin de matinée. Nous devrions disposer de quelques heures favorables.

Comme souvent, notre premier réflexe au réveil est de consulter nos diverses caméras connectées… Et là, surprise, une compagnie de bêtes rousses fréquente le secteur. Mieux encore, les animaux se trouvent précisément entre les deux postes que nous avions prévu d’occuper. Il faut se dépêcher…

Compagnie de sangliers photographiée par une caméra de chasse quelques minutes avant un affût à l'arc

L’installation

À 5 h 05, nous sommes sur place. Après les dernières vérifications de sécurité et de matériel, nous avançons discrètement dans l’obscurité.

Un coup d’œil à la thermique en prairie : rien. Bonne nouvelle, les sangliers ne semblent pas avoir quitté le secteur. Ceci nous est confirmé par les caméras qui continuent de nous envoyer des photos. Ils sont toujours là.

Nous nous séparons pour rejoindre nos postes respectifs du jour. Kevin rejoint son poste au sol tandis que je me dirige vers mon arbre avec le climbing sur le dos.

Quelques minutes plus tard, j’occupe enfin mon poste. Il est 5 h 35.

Arc compound équipé pour un affût à l'arc depuis un treestand

Comme à chaque début d’affût, je prends quelques instants pour mesurer les distances importantes au télémètre et mémoriser mes repères de tir.

L’attente peut commencer…

Le moment que j’aime le plus

L’attente après l’installation au petit matin est probablement l’un des moments que je préfère à la chasse. La forêt s’éveille lentement, la lumière gagne progressivement le sous-bois, les contours deviennent plus nets. Chaque matin semble raconter une histoire différente.

Depuis notre installation, les notifications des caméras ont cessé. Les sangliers se sont déplacés… Reste à savoir dans quelle direction.

À 6 h 15, Kevin m’envoie un message :

— Tu as encore des photos aux caméras ? Tu vois quelque chose ?

Je lui réponds :

— Rien du tout. C’est calme.

À peine deux minutes plus tard, de lourds craquements résonnent derrière moi. Je tourne lentement la tête lentement.

Les sangliers sont là…

Enfin

La compagnie se trouve à une trentaine de mètres derrière moi. Les animaux avancent tranquillement en direction du talus.

Pendant quelques secondes, je pense que l’occasion est perdue : la végétation est trop dense de ce côté et je ne pourrai pas tirer. Je saisis tout de même mon arc et prépare mon décocheur.

Tout à coup, les animaux changent de trajectoire, ils se décident à emprunter la coulée qui passe devant mon poste.

Mon cœur s’emballe…

18 mètres. Une bête rousse se présente parfaitement de profil. J’arme, les gestes sont automatiques :

  • point d’ancrage ;
  • visée ;
  • le pin se stabilise derrière l’épaule ;
  • la pression augmente progressivement sur mon décocheur.

La flèche part…

FLOK !

Le bruit caractéristique d’un impact réussi résonne dans le sous-bois. Un instant plus tard, c’est l’explosion : la compagnie s’éparpille dans toutes les directions.

J’essaie de suivre l’animal fléché parmi les autres silhouettes qui se croisent… Puis je le vois, à une trentaine de mètres. Il vacille, puis bascule.

Une émotion difficile à décrire

L’adrénaline me submerge immédiatement… Je tremble et je peine à réaliser ce qui vient de se passer.

À travers mes jumelles, j’observe la zone du tir, la flèche a traversé l’animal et reste plantée dans le sol.

Flèche traversante plantée dans le sol après un tir réussi sur un sanglier

Sa couleur ne laisse que peu de place au doute, l’atteinte est parfaite.

À 6 h 21, j’envoie simplement un message à Kevin :

— Sanglier fléché !

Quelques secondes plus tard, mon téléphone sonne, il ne comprend rien. Quelques minutes plus tôt, je lui expliquais encore que tout était calme.

Je lui demande d’attendre avant de me rejoindre… En réalité, je sais déjà que l’animal n’est pas loin. Mais après une année entière à courir derrière ce moment, j’ai simplement besoin de quelques minutes pour moi.

Suspendu entre soulagement, gratitude et incrédulité, une année entière de travail et persévérance vient de trouver sa récompense.

L’aboutissement

Lorsque Kevin me rejoint, nous nous rendons à l’anschuss. La flèche est couverte de sang mousseux. Les indices laissés au sol sont sans équivoque.

Nous suivons les traces sur une vingtaine de mètres avant de perdre momentanément le sang… Je tourne la tête vers la gauche : il est là, mort au pied d’un arbre.

Bête rousse prélevée à l'arc retrouvée dans un sous-bois humide

À cet instant, toute la tension accumulée pendant l’année écoulée disparaît. Les félicitations de Kevin me touchent particulièrement. Il sait et connaît les efforts investis pour parvenir à ce résultat.

Nous prenons quelques photos dans ce décor exceptionnel, au milieu des jacinthes sauvages qui recouvrent le sous-bois à cette période de l’année.

Chasseur à l'arc avec une bête rousse dans un sous-bois de jacinthes sauvages au printemps

Puis vient le temps du débardage et des dernières tâches à accomplir. Cette bête rousse fera un excellent repas.

Ce que je retiendrai avant tout de cette matinée, ce n’est pas le prélèvement lui-même… C’est le chemin parcouru pour y parvenir :

  • les heures passées à observer ;
  • les occasions manquées ;
  • les doutes ;
  • les remises en question.

Et surtout la chance de vivre tout cela entouré d’amis avec lesquels je partage cette passion. Ceux-ci m’ont toujours soutenu et motivé en sachant que ce moment finirait par arriver. Merci les gars !


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