Première battue, première flèche, premier verrat

Il y a des journées qui semblent presque écrites à l’avance.

Sur le papier, celle du 21 février 2026 devait simplement être une belle journée entre amis, à Thilay, pour la fermeture de la saison. Une dernière battue 100 % archers dans la vallée de la Semoy, sous la direction de mon ami Jean Galoppin.

Mais cette journée allait prendre une toute autre dimension…

Mon meilleur ami Logan, mon frérot, celui avec qui j’ai partagé tant de moments de chasse depuis des années. Celui que j’ai essayé d’embarquer avec moi dans cette aventure de la chasse à l’arc.

Et ce jour-là, sans vraiment le savoir encore, il allait vivre une première journée dont il se souviendrait pendant de nombreuses années.

Il n’était pas vraiment convaincu

Logan est chasseur depuis des années. Carabine, fusil, battues, affûts, grands gibiers… il connaît parfaitement la chasse traditionnelle.

Lorsque je me suis lancé dans la chasse à l’arc en mars 2025, j’ai immédiatement essayé de l’entraîner avec moi. Sans grand succès au départ.

Il avait bien une curiosité pour l’arc, mais principalement pour chasser le ragondin. Pour le grand gibier, il restait beaucoup plus réservé.

Amoureux des calibres puissants, « Monsieur 9,3 » doutait de l’efficacité réelle d’une flèche sur un animal solide. Il me parlait régulièrement de distance de fuite, de puissance, de risque de blessure, de la différence avec une balle.

Et il faut bien l’avouer, ma déconvenue sur le sanglier de 2025 n’avait pas vraiment aidé à le convaincre.

« Tu vois, avec une balle, il y serait resté… ». Cette phrase, je l’ai entendue plus d’une fois.

Malgré cela, je l’avais tout de même embarqué avec moi pour suivre la journée de formation obligatoire (JFO) le 19 avril 2025, Le précieux sésame était donc en poche et il ne restait plus qu’à lui faire vivre une vraie journée.

Logan lors de sa Journée de Formation Obligatoire chasse à l'arc en France en avril 2025

Un arc, quelques flèches et beaucoup d’entraînement

Lorsque j’ai pris mon action sur le territoire de Thilay, le chemin était déjà fait dans ma tête. J’allais inviter Logan pour la journée de clôture de la saison.

A mon invitation, il avait répondu immédiatement accepté afin de passer une belle journée avec moi, découvrir l’ambiance de la chasse à l’arc et voir concrètement ce qui m’animait depuis plusieurs mois.

Début janvier 2026, après avoir réceptionné mon nouveau Bowtech, je lui ai donc immédiatement prêté mon premier arc à poulies entièrement équipé afin qu’il puisse s’entrainer et arriver confiant au moment voulu.

Arc à poulies prêté à Logan pour préparer sa première journée de chasse à l'arc

Les premiers tirs ne sont pas évidents. Je le coache comme je peux avec ce que j’ai moi-même appris durant mes premiers mois. Progressivement, les groupements se resserrent. Les gestes deviennent plus propres. La confiance arrive doucement.

À mes yeux, il est prêt.

Demain, je ne décocherai pas

La veille de la chasse, nous échangeons une dernière fois pour organiser la journée : heure de départ, matériel, dernier check, vêtements, flèches, lames… tout doit être prêt pour le lendemain matin.

A la fin de notre discussion Logan me dit quelque chose qui me fait sourire : « demain, je viens pour découvrir. Je ne décocherai pas. J’ai trop peur de blesser ou de faire quelque chose de mal. Si je tire, ce sera à moins de dix mètres… et encore. »

Je connais Logan, je sais qu’il est prudent mais je sais aussi qu’il ne veut pas faire les choses à moitié.

Logan et Fabrice lors d'une journée de chasse entre amis

Je lui réponds alors : « demain, tu vas décocher. Et tu sais quoi ? Ce sera un gros verrat. »

Il rigole… Pour lui, c’est impossible, d’abord parce qu’il ne pense pas tirer et parce que, malgré ses nombreuses années de chasse et les nombreux animaux déjà prélevés à la carabine, Logan n’a encore jamais eu la chance de prélever un gros verrat armé.

La battue des Ruines

Le lendemain matin, je passe chercher Logan chez lui à 6h15. Dernier check rapide du matériel, chargement de la voiture, puis nous nous mettons en route.

Après un petit ravitaillement stratégique pour la journée, nous arrivons vers 8h10. Le temps est pluvieux et viens de changer au cours de la nuit. Pas l’idéal… Nous saluons les personnes présentes, nous nous équipons, puis Jean donne les consignes du jour. Il reste encore quelques bracelets de chevreuil à fermer, ainsi que des bracelets de sangliers.

La journée peut commencer…

Nous débutons par la battue des Ruines, un secteur dans lequel nous avons bon espoir de croiser des sangliers.

Logan et moi sommes postés sur une ligne dans un vallon où la pente est loin d’être négligeable. Je m’installe dans mon treestand à l’intersection de trois coulées très fréquentées, à mi-pente. Logan, lui, est posté au sol à environ 150 ou 200 mètres sur ma droite.

La zone est intéressante, les sangliers y sautent régulièrement la rivière et certaines coulées, coincées entre les roches, les obligent à suivre des passages bien précis.

Une quinzaine de minutes après le début de battue, je vois arriver sur ma gauche un gros sanglier isolé, à une centaine de mètres. Il est sur l’une des coulées qui mène vers mon poste. Je me prépare…

Arrivé au point d’intersection, le sanglier choisit la seule coulée que je ne peux pas couvrir correctement : trop de baliveaux, trop de végétation, trop de branches.

Je repère malgré tout une petite fenêtre. J’arme je place parfaitement le pin sur l’épaule du sanglier qui est au pas à une vingtaine de mètres et décoche.

Je vois immédiatement ma flèche taper une branche et dévier de sa trajectoire avant de se figer dans le sol : Raté.

Pas grave, je prends aussitôt la radio pour prévenir Logan. Le sanglier se dirige droit sur lui toujours au pas.

FLOK

Vingt mètres, quinze mètres, dix mètres, cinq mètres… puis, le sanglier s’immobilise.

Un arbre empêche Logan de décocher immédiatement, mais il est prêt à décocher. L’attente semble interminable.

Je ne le vois pas directement, mais je sais exactement ce qu’il doit ressentir : les bras qui tremblent, le cœur qui cogne, le cerveau qui tourne à toute vitesse.

Le sanglier se décide alors à reprendre sa marche en avant, Logan décoche… J’entends malgré la distance qui nous sépare le bruit caractéristique que tous les archers connaissent : FLOK

Je sais que le sanglier est fléché. Logan prend aussitôt la radio :

« Je viens de flécher un gros sanglier. Il a pris la flèche et continue son chemin. Faites attention aux chiens, c’est un gros sanglier. »

Il ne se passe pas trois secondes avant que mon téléphone sonne : c’est Logan.

« Frérot, j’ai fléché un sanglier, j’y crois pas… À cinq mètres, j’ai eu la trouille de ma vie. »

Je suis heureux comme un gamin, je le félicite immédiatement. Puis je ne peux évidemment pas m’empêcher de lui rappeler la discussion de la veille.

« Que t’avais-je dit hier ? Que tu flècherais un gros verrat, non ? » L’euphorie laisse ensuite rapidement place à la concentration.

Les chiens prennent la piste du sanglier et un ferme se produit à environ 150 ou 200 mètres, au bord de la rivière. Les traqueurs demandent des informations. Nous les guidons vers la zone. L’animal sera finalement servi par un traqueur.

La battue continue, mais Logan ne tient déjà plus en place. Je le connais, il voudrait que tout soit terminé pour aller voir.

Le reste de la battue sera plutôt calme de notre côté, mais pour lui, elle paraît surtout interminable…

Le verrat annoncé

Lorsque la battue se termine enfin, je descends de mon climbing et rejoins Logan. Il se rend à l’anschuss et est impréssionné par la quantité de sang. Nous nous dirigeons ensemble vers son sanglier.

Et là, nous découvrons un animal splendide : un véritable solitaire ardennais.

Nous observons le verrat de plus près et constatons qu’il est très bien armé.

Défenses du verrat prélevé par Logan lors de sa première battue à l'arc à Thilay

Je ne peux évidemment pas m’empêcher de le charrier : « il faut quand même que ton premier verrat, tu le fasses à l’arc… »

Puis je le félicite à nouveau, une vraie accolade, tant le moment est énorme.

Pas seulement parce que Logan vient de prélever un beau sanglier, mais parce qu’il vient de vivre, en une seule matinée, tout ce que la chasse à l’arc peut offrir de plus intense : l’attente, la proximité, le doute, l’adrénaline, la décoche, le fameux FLOK et cette émotion difficile à expliquer lorsqu’on retrouve l’animal.

Nous immortalisons le moment, puis vient le débardage du sanglier et son retour jusqu’au point de rendez-vous. Ce trajet nous offrira quelques beaux fous rires.

Logan aux côtés de son premier verrat prélevé lors de sa première journée de chasse à l'arc à Thilay

Arrivés au point de rendez-vous, les autres archers sont déjà présents depuis un moment. Dès l’arrivée du sanglier, les félicitations fusent.

Logan n’en finit plus d’expliquer :

« C’est mon premier jour de chasse à l’arc, ma première battue, ma première flèche décochée… et quinze minutes après le début de battue, je fais ce magnifique verrat. Quelle chance. »

Tout le monde est heureux pour lui… Sans oublier de lui rappeler que le baptême du soir risque d’être salé.

Son regard avait changé

L’après-midi, nous repartons pour une deuxième battue. Elle sera très calme pour Logan et moi. Nous apprendrons toutefois qu’il faut parfois être un véritable chamois pour chasser sur les pentes de la Semoy.

À l’issue de la journée, nous nous réunissons pour les honneurs au gibier et le fameux baptême de Logan. Disons simplement qu’il a dégusté… Pour le reste, seuls ceux qui étaient présents savent vraiment ce qu’il s’est passé.

Logan après son baptême de chasse à l'arc lors de la clôture de saison à Thilay

Nous prenons ensuite la direction du restaurant de fin de saison avec les autres archers. L’ambiance est excellente. Les discussions s’enchaînent autour d’un bon repas, les souvenirs de la journée reviennent encore et encore.

Durant le trajet du retour, je ne peux m’empêcher de repenser à cette phrase lancée laa veille presque sur le ton de la plaisanterie : « demain, tu vas décocher. Et ce sera un gros verrat. »

Quelques mois plus tôt, Logan doutait encore sérieusement de l’efficacité de l’arc sur le grand gibier et lors de sa toute première journée de chasse à l’arc, il prélève un magnifique verrat avec la première flèche qu’il décochait en situation de chasse.

Quelque chose me dit que cette première journée de chasse à l’arc ne restera pas sans lendemain.


2 réflexions sur “Première battue, première flèche, premier verrat

  1. Mon frérot, grâce à ce récit me concernant je viens de revivre une nouvelle fois ces émotions incroyables vécues lors de cette journée.

    Je tiens à te remercier encore une fois pour cette invitation et journée qui restera gravée à vie dans ma mémoire.

    En effet Monsieur « 9,3 » est un passionné des armes à feu. Cependant, le virus de l’arc l’a bien contaminé.

    Merci pour la mise à l’honneur.

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