Depuis plusieurs mois, la chasse à l’arc occupe une place de plus en plus importante dans mon esprit. Après avoir découvert cette discipline lors de mes premières sorties d’affût, une autre facette de cette pratique m’intriguait particulièrement : la battue à l’arc.
C’est en découvrant une publication de mon ami Jean que l’occasion s’est présentée. Co-titulaire du droit de chasse sur un magnifique territoire situé dans les Ardennes françaises, il proposait quelques actions complémentaires pour la saison 2025-2026. L’opportunité était parfaite.
Au-delà de la découverte d’un nouveau territoire, mon objectif était également d’apprendre aux côtés de chasseurs à l’arc passionnées et expérimentés. De plus, je n’étais pas en terrain inconnu puisque je connaissais quelques archers pour les avoir croisé précédemment lors de diverses chasses mixtes.
J’étais loin d’imaginer à quel point cette première journée allait me marquer.
Direction la vallée de la Semoy
Le territoire couvre plus de 500 hectares et présente une particularité rare : il est exclusivement chassé à l’arc. Les reliefs y sont particulièrement marqués : vallons encaissés, versants abrupts, forêts profondes, cours d’eau sinueux… tout ce que j’aime dans les paysages ardennais est réuni ici.

La densité d’animaux y est également intéressante, mais au-delà du gibier, c’est surtout l’ambiance de la région qui m’a immédiatement séduit. Ces forêts possèdent un caractère particulier. Une atmosphère difficile à décrire mais que l’on ressent immédiatement lorsqu’on y met les pieds.
Le rendez-vous est fixé à 8h00 pour l’accueil et les formalités administratives. Environ vingt-cinq archers sont réunis pour cette première journée. L’ambiance est bon enfant, tout le monde échange naturellement. Les anciens accueillent les nouveaux archers, les discussions vont bon train.
Je suis l’un des petits nouveaux du groupe, mais je ne le ressens pas vraiment. Les personnes que je connaissais déjà facilitent naturellement mon intégration et chacun prend le temps d’échanger quelques mots. Cette convivialité me plaît immédiatement.
A 8h30, Frank fait le rond pour nous donner les consignes et l’organisation de la journée.
Une autre façon de vivre la chasse
Nous partons ensuite pour la première traque, surnommée « le camping ». Celle-ci encercle un terrain où les sangliers occassionnent régulièrement des dégats.

Adelin, ami et chef de ligne, me positionne au sol sur chemin de fuite longeant la Semoy. Ce secteur est stratégique car les sangliers traversent régulièrement la rivière pour rejoindre le versant opposé.
Le décor est magnifique… La Semoy serpente paisiblement entre les pentes boisées tandis que nous attendons le début de la traque.
Quelques sangliers réussiront cependant à déjouer notre dispositif en traversant directement la rivière sans offrir de réelles opportunités de tir. Pour ma part, je ne verrai aucun animal durant cette première traque.
Pour la deuxième traque, nous rejoignons un secteur surnommé « la ligne électrique ». La version raccourcie du jour me conduit sur un poste absolument superbe.
Je suis installé sur un éperon rocheux dominant un vallon boisé où serpente un petit cours d’eau. L’endroit dégage quelque chose de presque magique.

Frank, directeur de battue du jour, prélève un joli chevillard sur le versant opposé tandis que j’aurai la chance de voir un chevreuil se débiner au loin.
À midi, nous nous retrouvons autour d’un casse-croûte improvisé. Rien d’extraordinaire en apparence : quelques boissons, de quoi manger rapidement, des discussions qui s’enchaînent naturellement.
Je fais connaissance avec plusieurs personnes rencontrées brièvement le matin. Les conversations tournent autour de la chasse à l’arc, des territoires fréquentés, des expériences vécues et des projets futurs.
Cette simplicité me plaît énormément.
Hallaou !
L’après-midi, nous repartons pour une dernière battue dans un secteur où la présence de sangliers est fortement suspectée.
Cette fois-ci, je suis installé dans mon climbing treestand à environ quatre mètres de hauteur. Le poste domine une magnifique sapinière baignée par une lumière douce de fin de journée.

L’ambiance est paisible.Peut-être même un peu trop paisible… Je profite du paysage, observe les alentours et me surprends presque à fermer les yeux tant le calme est agréable.
Puis tout bascule. Au loin, les voix des traqueurs résonnent dans la forêt : « Hallaou ! Hallaou ! »
Pas de doute, des sangliers viennent d’être levés et instantanément : le rythme cardiaque s’accélère, l’adrénaline monte d’un cran, les sens se focalisent et le cerveau se met en mode « prédateur ».
La menée se rapproche, je distingue plusieurs bêtes rousses se diriger vers mon voisin de poste. Je me plaque contre mon arbre et prépare mon arc.
Quelques secondes plus tard, mon voisin décoche à deux reprises… Raté. Je pense alors que ma chance est passée.
Ces mêmes sangliers font une bouche puis crochetent vers moi. Ils avancent au petit trot à une distance comprise entre vingt et vingt-cinq mètres. J’essaie de les arrêter en sifflant, mais aucune réaction. Ils poursuivent leur trajectoire.
Tout se déroule en quelques secondes. J’aperçois une belle fenêtre de tir parfaitement dégagée et je décide de tenter ma chance. Je m’applique autant que possible malgré l’excitation du moment et décoche.
La flèche passe juste derrière l’animal : raté… Bien évidemment, la vitesse d’une flèche n’a évidemment rien à voir avec celle d’une munition classique. Sur un animal en mouvement, même modéré, l’avance nécessaire est nettement plus importante que ce que j’imaginais.
Une fois la fin de traque sonnée, je descends de mon treestand et rejoins l’endroit où j’ai tiré. Je retrouve rapidement ma flèche plantée dans la mousse et profite des derniers rayons de soleil dans cette cadre magnifique.

D’autres archers auront également eu des occasions de tir au cours de cette dernière traque. Malheureusement, aucun prélèvement ne viendra concrétiser les différentes décoches.
Le retour à la maison
Après les honneurs traditionnels du soir, les yeux pétillants, je reprends finalement la route en direction de la Belgique.
Tout le trajet, je téléphone à plusieurs amis chasseurs pour leur raconter cette journée : les paysages, les rencontres, les sangliers, ma flèche manquée et les émotions ressenties.
Ils ont probablement dû se dire : « Cette fois-ci, on l’a perdu… » Et ils n’avaient sans doute pas totalement tort.
Cette première battue à l’arc dans les Ardennes françaises restera comme une journée fondatrice dans mon parcours de chasseur à l’arc. Et surtout…
Et surtout, je ne savais pas encore que les événements allaient rapidement s’accélérer lors des battues suivantes.